Cyber-démocratie & E-Gouvernance

Débat public et Internet : un duo peu vertueux

Pas de grandes surpises quant au développement de mon article en vue du titre que je lui ai donné.
En effet, nous sommes bien loin de la grande agora citoyenne dont on aurait pu rêver. L’analyse de certaines hypothèses des causes de cet échec pourra j’espère donner des pistes à des réflexions communes visant un jour à rendre le débat citoyen possible sur Internet. Quelles sont ces hypothèses ?
Un débat étant avant tout un exercice de communication, on est en droit de se poser la question : est-ce que le Web2.0 permet de mieux communiquer ?

Web2.0 et communication

Avant de répondre à cette question, clarifions les deux caractéristiques principales qui ont permis au Web2.0 de gagner un « 1.0 » par rapport à son prédesseur le web1.0 : l’instantanéité et la simplicité. Ces deux caractéristiques sont dailleurs selon moi intrinsinquement liées. L’instantanéité a besoin de simplicité pour exister. Difficile de réagir dans l’instant si l’on doit rédiger et construire un texte élaboré et qui plus est si cela est compliqué techniquement. La plupart des commentaires laissés sur les réseaux sociaux, les messages laissés à travers un Chat ou via un Email sont très concis. Le besoin de répondre rapidement est tellement grand qu’il a même altéré l’orthographe de manière considérable, les SMS en étant l’exemple extrême. Continuité de notre société superficielle visant à produire en masse, le Web2.0 s’inscrit donc parfaitement dans ce mouvement en ayant pour but de faire passer un maximum d’information.

1/ Une communication passe à 93% par le para verbal et le non verbal

On a tous fait l’expérience d’une conversation par email qui dégénérait à vitesse Grand V (phrases sèches, points d’exclamation !!!! , MAJUSCULES …..) Mon réflex, dans ces cas là, décrocher le téléphone et aussitôt le début de conflit se désamorce. Pourquoi ?
Si par efficacité de la communication, on entend faire passer une grande quantité d’ information, alors oui, on pourrait dire qu’on communique mieux avec Internet !
Mais l’efficacité d’une communication ne réside pas dans le fait de délivrer beaucoup d’information mais plutôt que le message délivré par l’émetteur soit  reçu le moins altéré possible par le récepteur. Or, on sait que 93% d’une communication passe par le non verbal et le paraverbal (expression du corps, visages, intonation, vélocité de la voix….). On se doute donc que ce n’est pas avec des Smileys, de la ponctuation et des majuscules que l’on va pouvoir recréer les centaines d’expressions du visage, les variations de tons… Communiquer sur Internet, c’est comme Ecouter un .mp3 au lieu d’un .wave, c’est comme regarder un .mpeg au lieu d’un .avi … une grande partie des données ont été extraites pour gagner du temps. C’est encore donc la quantité/rapidité qui l’emporte sur la qualité.
Paradoxe, puisqu’à la fin on gaspille plus de temps à essayer de résoudre les conflits que l’on a créé.
2/ L’effet désinhibiteur de l’écran et Loi de Godwin
Il semblerait que le fait de ne pas être vu, de ne pas voir son interloccuteur, parfois même d’utiliser un pseudo, favorise un certain laisser-aller dans la conversation. Pour preuve, la loi de Godwin. Cette « loi » s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. En d’autres termes, on a tendance  à remplacer des arguments par des analogies extrêmes quand on s’exprime sur le net.

Ces deux contraintes présentes sur le Web2.0 suffisent à rendre compte que le Web2.0 ne permet pas de mieux communiquer. Dès lors, il ne peut pas permettre au débat public de mieux fonctionner.

Mais il ne faut pas confondre ici Internet et Web. Si le Web est la toile que constitue les millions de sites internet dans le monde que l’on consulte via le protocole http ou https, l’Internet est bien plus large que cela puisqu’il est le réseau informatique quienglobe le tout.  Grâce à Internet, on peut aujourd’hui téléphoner gratuitement quasiment partout dans le monde, on peut envoyer des emails, mais surtout, pour ce qui concerne cet article faire de la visiconférence.

Si une plateforme intégrait donc la visiconférence pour que les citoyens puissent débattre entre eux cela réduirait les incompréhensions et cette proportion de la loi de Godwin.

Le constat est que le débat public est difficilement transposable tel quel sur le Web. L’entière dématérisalition du débat classique n’est pas pour de suite.

En revanche, la combinaison du réel et du virtuel pourrait fonctionner dès lors où le débat ne se passe pas entièrement sur la toile.
Le web étant utilisé alors comme outil de suivi ou de synthèse.

Reste à approfondir une question philosophique : « la différence entre discussion et conversation » (http://www.arte.tv/fr/conversation-ali-benmakhlouf-est-l-invite-de-raphael-enthoven-dans-philosophie/6366314.html)

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